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Tableaux de maladies professionnelles (RG 6) et conditions

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Tous les éléments réglementaires récents doivent être revérifiés à la date d'usage. La version actuelle est datée du 20 juin 2026 et tient compte de l'ASNR, de SISERI et des évolutions récentes du Code du travail.
Grille médico-légale des conditions de tableau : maladie, délai, exposition et dossier.
Un tableau de maladie professionnelle se raisonne par conditions : pathologie, délai, exposition et pièces du dossier, sans promettre une reconnaissance automatique.
IX · Médico-légal et reconnaissanceChapitre 9.1

Chapitre 9.1

Tableaux de maladies professionnelles (RG 6) et conditions

Le tableau RG 6 du régime général de la Sécurité sociale régit la reconnaissance en maladie professionnelle des affections provoquées par les rayonnements ionisants (RI). Ce tableau, de nature réglementaire, distingue deux catégories de pathologies : d'une part, les affections cancéreuses (leucémies, cancers de la thyroïde, cancers osseux, etc.) soumises à des délais de prise en charge pouvant atteindre plusieurs décennies, reflétant la longue latence des pathologies radiques ; d'autre part, les affections non cancéreuses (cataractes, brûlures radiques, lésions cutanées chroniques) avec des délais plus courts. Chaque pathologie listée est assortie de conditions d'exposition précises — nature du rayonnement (X, gamma, neutrons, particules alpha), dose cumulée minimale, durée d'exposition — qui doivent être strictement remplies pour que la présomption d'origine s'applique. Les professionnels exposés aux RI doivent bénéficier d'une surveillance médicale spéciale [5], dont les données alimenteront le dossier en cas de déclaration. La désignation exacte de l'affection dans le tableau et la concordance avec les conditions d'exposition constituent le premier filtre d'éligibilité.

La logique de présomption d'origine, pilier du système français de reconnaissance des maladies professionnelles, signifie que toute pathologie listée au tableau RG 6, survenant chez un travailleur ayant subi l'exposition correspondante dans les conditions et délais prescrits, est présumée d'origine professionnelle sans que le salarié n'ait à démontrer le lien de causalité. Cette présomption est d'ordre réglementaire et s'impose à l'assureur. Toutefois, ses limites sont significatives : lorsqu'une pathologie n'est pas listée, lorsque le délai de prise en charge est dépassé, ou lorsque les conditions d'exposition (dose, durée) ne sont pas documentées, le dossier sort du cadre présomptif et relève du système complémentaire via le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui exige une expertise approfondie et un lien direct établi. Or, de nombreuses pathologies radiques sont à longue latence et peuvent mettre de nombreuses années à se développer ou devenir détectables [19], ce qui complique la traçabilité de l'exposition. Le processus de demande de reconnaissance peut s'avérer complexe et source de frustration pour des travailleurs déjà éprouvés par leur état de santé [18], d'où l'importance d'un accompagnement médical rigoureux.

La constitution du dossier médical et dosimétrique est l'étape déterminante pour étayer la présomption ou, à défaut, la reconnaissance par le CRRMP. Le médecin du travail joue ici un rôle pivot : il lui incombe de déterminer la dose efficace engagée ou la dose équivalente résultant de l'exposition interne du travailleur, si les conditions de l'exposition le permettent, en ayant recours le cas échéant à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) [10]. Le dossier doit rassembler l'ensemble de la dosimétrie externe (passive et opérationnelle) et interne (anthroporadiométrie, analyses radiotoxicologiques), le suivi clinique spécialisé, ainsi que les résultats de surveillance biologique, dont il est recommandé que le médecin du travail rende en main propre à chaque travailleur ses résultats interprétés [22]. Dans le cas d'une exposition interne avérée ou suspectée, l'organisation de la prise en charge doit prévoir un service spécial distinct de la médecine du travail pour éviter tout risque de contamination des autres travailleurs [9]. La qualité et l'exhaustivité de ce dossier conditionnent directement l'issue de la procédure de reconnaissance.

Plusieurs situations d'exposition particulières méritent l'attention du médecin du travail lors de l'instruction d'un dossier RG 6. L'exposition au cristallin doit désormais être prise en compte dans toute étude de poste, avec mise en œuvre de moyens de protection individuelle (lunettes plombées) et surveillance dosimétrique adaptée [6], ce qui est crucial pour les pathologies cataractiennes. Pour les travailleuses ayant déclaré leur grossesse, les conditions de travail doivent garantir que la dose additionnelle à l'embryon ou au fœtus ne dépasse pas environ 1 mSv pendant le reste de la grossesse [15], soulevant la question d'une exposition antérieure non documentée. Par ailleurs, une aggravation des conditions d'exposition a été observée chez les radiologues industriels, alors même qu'une réglementation plus stricte entrait en vigueur [17], ce qui peut justifier une vigilance accrue. Concernant les expositions au radon, l'amélioration de l'efficacité de la ventilation dans les zones de travail constitue un moyen de réduction du risque [14]. Enfin, si le tableau RG 6 couvre les affections directement liées aux RI, des associations émergentes méritent consideration : des cas de lymphomes B ont été repérés chez des travailleurs du nucléaire [8], et les expositions professionnelles à des toxiques peuvent être associées à des hémopathies malignes parfois plus agressives [2], soulevant la question des expositions multiples et de leur prise en charge.

En pratique, la vérification de l'éligibilité d'une pathologie au tableau RG 6 impose au médecin du travail une démarche structurée. Il doit d'abord croiser la pathologie diagnostiquée avec la liste du tableau et ses conditions, puis vérifier le respect du délai de prise en charge et la concordance avec les expositions documentées. Les cancers, bien qu'ils ne représentent qu'une fraction des maladies professionnelles, entraînent une part majeure des coûts pour l'assurance [1], ce qui souligne l'enjeu économique et sanitaire de la reconnaissance. Lorsque le dossier relève du système complémentaire, l'argumentaire doit s'appuyer sur des données dosimétriques reconstituées, un suivi clinique rigoureux et, si nécessaire, une expertise IRSN. Au-delà de la reconnaissance, le médecin du travail doit également intégrer une dimension de maintien en emploi : les politiques actives d'aide à la rétention au travail diminuent significativement le risque d'absence pour maladie [7], ce qui est particulièrement pertinent pour les travailleurs présentant des séquelles ou un cancer en rémission. L'accompagnement des salariés dans ces procédures de reconnaissance, parfois longues et éprouvantes, fait pleinement partie du rôle du médecin du travail.

À retenir

  • Le tableau RG 6 repose sur une présomption d'origine réglementaire, conditionnée à la stricte concordance entre pathologie listée, délai de prise en charge et conditions d'exposition (dose, durée, type de rayonnement).
  • En cas de pathologie hors liste, hors délai ou d'exposition non documentée, le dossier relève du système complémentaire (CRRMP), qui exige un lien de causalité direct et un dossier dosimétrique solide.
  • Le médecin du travail détermine la dose d'exposition interne, avec recours possible à l'IRSN, et doit restituer individuellement les résultats de surveillance biologique.
  • Les pathologies à longue latence, la complexité des procédures et l'aggravation potentielle des conditions d'exposition (radiologues industriels, cristallin) imposent une vigilance et une traçabilité dosimétrique continues.

En pratique

  • Vérifier systématiquement l'éligibilité au tableau RG 6 en confrontant la pathologie diagnostiquée à la liste, au délai et aux conditions d'exposition ; préparer dès l'amont un dossier pour le CRRMP si un critère manque.
  • Reconstituer le parcours dosimétrique complet du salarié (dosimétrie externe et interne, recours à l'IRSN si nécessaire) et rassembler le suivi clinique spécialisé pour étayer la demande.
  • Assurer une restitution individuelle des résultats de surveillance biologique et dosimétrique au travailleur, et l'accompagner dans la compréhension de la procédure de reconnaissance.
  • Intégrer une démarche de maintien en emploi pour les travailleurs présentant des séquelles ou une pathologie en rémission, en s'appuyant sur les politiques actives de rétention au travail.

Références utilisées dans ce sous-chapitre

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  1. La cataracte d’origine professionnelle: à propos de deux cas déclarés · Bouhoula M, Brahem A, Haouari W, Aloui A et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2020 · DOI: 10.1016/j.admp.2020.03.554 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    Les professionnels exposés aux rayonnements ionisants ou aux rayonnements thermiques doivent bénéficier d’une surveillance médicale spéciale pour assurer un dépistage précoce des lésions oculaires d’or

  2. When Occupational Cancer Recognition Falters · Assennato G, De Giampaulis C · La Medicina del Lavoro · 2025 · DOI: 10.23749/mdl.v116i2.16997 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    workers’ frustration when suffering from unrecognized occupational diseases should be considered in this context. These workers, already grappling with the physical and emotional toll of their conditi

  3. Factors linked to participant attrition in a longitudinal occupational health surveillance program · Hubbell Z, Howard S, Golden A, Stange B et al. · American Journal of Industrial Medicine · 2022 · DOI: 10.1002/ajim.23357 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    Recognizing that many latent health conditions, including those caused by occupational exposures, may take many years to develop or become detectable, maximizing participant retention is important

  4. Retour d’expérience sur la réorganisation du Service de médecine du Travail, CHU Tlemcen en réponse à l’épidémie COVID-19 · Meziane Z, Taleb A, Tchanar S, Amer Bensaber M et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2023 · DOI: 10.1016/j.admp.2022.01.006 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    dégager un service spécial, pour la prise en charge du personnel, en dehors du service de Médecine du Travail pour éviter tout risque de contamination des autres travailleurs

  5. Un outil de calcul de la dose efficace engagée · Landry B · Radioprotection · 2018 · DOI: 10.1051/radiopro/2017029 · thème: tracabilite dose attestation exposition

    Le médecin du travail, le cas échéant en ayant recours à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, détermine la dose efficace engagée ou la dose équivalente résultant de l’exposition inter

  6. Recommandations de bonne pratique pour la surveillance biologique de l’exposition professionnelle aux agents chimiques (SBEP) : recommandations de la Société française de médecine du travail, associée à la Société française de toxicologie analytique et à la Société de toxicologie clinique · Nisse C, Barbeau D, Brunet D, El Yamani M et al. · Toxicologie Analytique et Clinique · 2017 · DOI: 10.1016/j.toxac.2017.05.001 · thème: tracabilite dose attestation exposition

    Il est recommandé que le médecin du travail rende en main propre à chaque travailleur ses résultats interprétés

  7. DOI 10.1684/sss.2022.0219 · DOI: 10.1684/sss.2022.0219 · thème: tracabilite dose attestation exposition

    Et quand il y a expositions à des toxiques, parfois on se retrouve avec des maladies plus agressives, mais ce n’est pas systématique.

  8. Chirurgie endovasculaire : évaluation de l’exposition radiologique et proposition d’axes d’amélioration · Pégorié A, Amabile J, Dondey M, Boddaert G et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2018 · DOI: 10.1016/j.admp.2017.09.004 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    cette exposition au cristallin qui doit désormais être prise en compte dans toute étude de poste, et faire l’objet de la mise en œuvre de moyens de protection individuelle (lunettes plombées) et d’une

  9. L’impossible confinement du travail nucléaire · Ghis Malfilatre M · Travail et emploi · 2016 · DOI: 10.4000/travailemploi.7202 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    Louis accompagne déjà plusieurs salariés dans des procédures de reconnaissance en maladie professionnelle, et a repéré d’autres cas de lymphomes B chez des travailleurs du nucléaire.

  10. Assessment of occupational exposure from radon in the newly formed underground tourist route under Książ castle, Poland · Fijałkowska-Lichwa L, Przylibski T · Radiation and Environmental Biophysics · 2021 · DOI: 10.1007/s00411-021-00903-z · thème: tracabilite dose attestation exposition

    One method of improving working conditions there is increasing the effectiveness of ventilation in working areas.

  11. Occupational Radiation Protection in Interventional Radiology: A Joint Guideline of the Cardiovascular and Interventional Radiology Society of Europe and the Society of Interventional Radiology · Miller D, Vañó E, Bartal G, Balter S et al. · CardioVascular and Interventional Radiology · 2010 · DOI: 10.1007/s00270-009-9756-7 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    After a worker has declared her pregnancy, her working conditions should ensure that the additional dose to the embryo/fetus does not exceed about 1 mSv during the remainder of the pregnancy.

  12. La dosimétrie : Évaluation et prévention des risques professionnels dans les opérations de radiographie industrielle. Évaluation dosimétrique prévisionnelle · Coletti F, Paul D · Radioprotection · 2008 · DOI: 10.1051/radiopro:2008040 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    Aujourd’hui, il semble exister une certaine aggravation des conditions d’exposition des radiologues industriels, alors même qu’une nouvelle réglementation plus stricte entre en vigueur

  13. Exposition professionnelle et cancer · Otasevic R · Revue Médicale Suisse · 2016 · DOI: 10.53738/revmed.2016.12.503.0200 · thème: tracabilite dose attestation exposition

    Même si les cancers ne représentent que 6 % des maladies professionnelles (figure 2), ils entraînent 58 % des coûts pour l’assurance LAA.

  14. Utilisation et intérêt de la visite de préreprise : enquête réalisée auprès de médecins du travail · Pires S, Tone F, Wloch K, Fantoni Quinton S · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2016 · DOI: 10.1016/j.admp.2016.03.525 · thème: surveillance post professionnelle depassement

    En 2008, en Suède, une réforme visant à lutter contre l’attribution «d’aides passives» et à mettre en œuvre «des aides actives» pour prévenir la désinsertion professionnelle permettait une régression