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Monographie RADARIUM

Gammagraphie industrielle et contrôle non destructif (CND)

Socle scientifique, parcours pédagogiques et couche multi-acteurs pour médecins du travail en formation jusqu'au niveau expert.

Tous les éléments réglementaires récents doivent être revérifiés à la date d'usage. La version actuelle est datée du 20 juin 2026 et tient compte de l'ASNR, de SISERI et des évolutions récentes du Code du travail.
Scène stylisée de gammagraphie industrielle avec projecteur, source, zone balisée, opérateur à distance et incident.
En gammagraphie industrielle, le risque majeur tient à la source projetée et au champ proche : balisage, distance et conduite d'incident sont centraux.
VIII · Postes de travail et secteurs exposésChapitre 8.4

Chapitre 8.4

Gammagraphie industrielle et contrôle non destructif (CND)

La gammagraphie industrielle, composante majeure du contrôle non destructif (CND), recourt à des sources de très haute activité (iridium 192, sélénium 75, cobalt 60) pour inspecter la structure de matériaux. Le risque dominant est l'irradiation aiguë, particulièrement lors de la phase critique où la source sort de son conteneur blindé pour être acheminée vers la pièce à contrôler. En raison de la courte distance à la source, le gammagraphe subit alors une irradiation considérable [9]. La radioprotection repose sur des mesures de prévention spécifiques à cette activité, qui ont permis d'éviter en France des accidents de grande ampleur [13]. Néanmoins, la manipulation de ces sources de haute activité exige une rigueur absolue, car toute défaillance dans le mécanisme de rentrée de source ou dans l'interface de commande peut conduire à une exposition massive, à l'instar des accidents documentés où la non-exécution d'une instruction logicielle de fermeture a causé une irradiation accidentelle [1].

L'accidentologie en gammagraphie est marquée par le risque de perte de contrôle de la source, notamment lorsque celle-ci n'est pas correctement rentrée dans son projecteur. Des épisodes de pertes de contrôle, bien qu'illustrés par la curiethérapie, montrent que des éléments radioactifs peuvent se retrouver jusqu'aux poubelles ou aux déchets, exposant le personnel de maintenance ou d'assainissement [2]. L'entreposage des appareils constitue un autre point de vulnérabilité : si l'idéal est un puits en béton dans un local fermé à clé à accès restreint [6], des audits relèvent fréquemment des insuffisances radioprotectionnelles graves, telles que l'absence de surveillance caméra, de signalisation lumineuse empêchant l'entrée par inadvertance, ou d'alarme de détection des rayonnements ionisants dans le local de stockage [12]. Ces défaillances organisationnelles et matérielles sont les facteurs clés favorisant les expositions accidentelles.

La maîtrise de l'exposition opérationnelle est indissociable de la dosimétrie en temps réel. La mise en place de la dosimétrie opérationnelle a contribué à une diminution nette de la dose collective dans le secteur [8]. Le suivi du personnel intervenant en zone réglementée doit s'appuyer sur le dosimètre opérationnel de service, complété par des dosimètres personnels électroniques pour le personnel non recensé dans la base de dosimétrie [3]. Le port de la dosimétrie opérationnelle est impératif avant toute intervention dans la salle des émetteurs [10]. Par ailleurs, la dosimétrie photographique, bien que parfois source d'erreurs d'interprétation, demeure pertinente pour mettre en évidence des circonstances d'exposition non conformes [4]. Sur le plan anatomique, les études montrent que les mains non dominantes, souvent utilisées pour guider ou stabiliser, sont plus exposées que les mains dominantes, soulignant l'importance de la formation aux gestes [16].

Au-delà du risque déterministe d'irradiation aiguë, l'exposition chronique aux faibles doses en CND soulève la question des risques stochastiques. Le modèle linéaire sans seuil (LNT) prédit l'absence de seuil d'induction du risque de cancer, signifiant que même de très faibles doses présentent un risque [5]. Ce modèle n'a pas été remis en cause par les études épidémiologiques ultérieures portant sur les travailleurs du nucléaire avec des profils d'exposition variés [7]. Les données suggèrent que l'exposition aux faibles doses entraîne un excès de risque de cancer, et possiblement de diverses pathologies non cancéreuses [14]. Une augmentation du risque de mortalité par cancer et de causes non cancéreuses associée aux faibles doses a été rapportée chez les travailleurs du nucléaire [18]. Bien que des associations entre doses et prévalences de maladies non cancéreuses aient été observées, elles s'atténuent et perdent leur significativité après ajustement sur les facteurs de confusion, laissant persister une incertitude sur les effets non cancéreux [17]. La mortalité par cancers solides est positivement, bien que non significativement, associée aux rayonnements [21].

Face à ces enjeux, la surveillance et la formation du personnel doivent être renforcées. Un défi majeur est la méconnaissance de la contamination ou de l'exposition par les travailleurs eux-mêmes, une majorité d'entre eux n'étant pas conscients d'un incident [20]. Le médecin du travail doit s'assurer que la culture de sécurité est ancrée, en vérifiant la traçabilité des sources, l'efficacité des alarmes de stockage, et la formation continue aux procédures d'urgence. L'anticipation des incidents de source non rentrée passe par des exercices réguliers et la vérification stricte de l'application des protocoles de fin d'intervention, garantissant que la source est sécurisée avant tout déplacement de l'appareil.

À retenir

  • La sortie de source de son conteneur en gammagraphie induit une irradiation massive ; la prévention repose sur des mesures spécifiques strictes.
  • L'accidentologie est dominée par les sources non rentrées ou perdues et les insuffisances de sécurité des locaux de stockage (alarmes, signalisations).
  • La dosimétrie opérationnelle en temps réel est obligatoire et a prouvé son efficacité dans la réduction de la dose collective.
  • Le risque stochastique à faible dose est validé par le modèle LNT pour les cancers, avec des incertitudes persistantes sur les effets non cancéreux.

En pratique

  • Face à un incident de source non rentrée : faire évacuer la zone, interdire l'accès, s'assurer que le port de la dosimétrie opérationnelle est effectif pour les intervenants de sécurité, et déclencher la procédure d'urgence prévue par l'entreprise.
  • Lors des visites médicales et des inspections, vérifier la traçabilité de l'entreposage (local fermé à clé, puits en béton) et l'opérabilité des systèmes de détection et d'alarme dans la zone de stockage.
  • Renforcer la formation pratique des gammagraphes sur la position des mains (main non dominante plus exposée) et la conscience du risque, en rappelant que la majorité des contaminations/expositions passent inaperçues sans dosimétrie active.
  • Surveiller la dosimétrie photographique et opérationnelle de chaque travailleur pour détecter précocement toute circonstance d'exposition non conforme.

Références utilisées dans ce sous-chapitre

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  1. Organ dose reconstruction for the radiation epidemiological study of Korean radiation workers: The first dose evaluation for the Korean Radiation Worker Study (KRWS) · Kwon T, Jeong A, Ha W, Lee D et al. · Nuclear Engineering and Technology · 2023 · DOI: 10.1016/j.net.2022.10.030 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    By contrast, when the radionuclide source is traveling outside the shielded container, the radiographer is likely to be irradiated considerably because of the short distance from the source.

  2. Une démarche de prévention continue dans le domaine de la radiographie industrielle · Lacoste A, Combrexelle J · Radioprotection · 2008 · DOI: 10.1051/radiopro:2008048 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Si la France n’a pas connu, fort heureusement, d’accident d’une telle ampleur, grâce notamment à l’application de mesures de prévention spécifiques à cette activité professionnelle

  3. Radiothérapie : les leçons à tirer des accidents d’Épinal et de Toulouse · Bourguignon M, Simon J, Peiffert D, Krembel D · Radioprotection · 2009 · DOI: 10.1051/radiopro/2009024 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    L'accident a résulté de la non commande de la fermeture du champ d'irradiation à la petite taille souhaitée, l'instruction logicielle n'ayant pas été exécutée ; mauvaise interface humaine.

  4. Comment convertir les valeurs limites d’exposition aux champs électriques et magnétiques 50Hz en valeurs mesurables ? · Magne I, Deschamps F · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2016 · DOI: 10.1016/j.admp.2016.03.456 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Nous avons recensé 4 appareils de gammagraphie industrielle, entreposés dans un puitsen béton, dans un local fermé à clé et dont l'accès est réservé aux personnes responsables de la sécurité

  5. La dosimétrie passive en France en 2010 · Biau A · Radioprotection · 2011 · DOI: 10.1051/radiopro/2011137 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    La dose collective qui a diminué nettement entre 1996 et 2004 en raison, notamment, de la mise en place de la dosimétrie opérationnelle

  6. Évaluation et gestion du risque radioactif suite au décès d’un patient ayant reçu une dose thérapeutique d’iode-131 dans le cadre d’un traitement en radiothérapie métabolique · Djoumessi C, Bramoulle C, Prunier C, Baulieu J et al. · Radioprotection · 2009 · DOI: 10.1051/radiopro/2009012 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    le suivi du personnel travaillant habituellement en zone réglementée a été réalisé grâce au dosimètre opérationnel de service3 ; le suivi du personnel non recensé dans la base de dosimétrie opérationn

  7. Exposition radiologique des personnels affectés aux opérations de maintenance de radar de surveillance aérienne · Michel X, Schoulz D, Abou Anoma G, Cazoulat A et al. · Radioprotection · 2013 · DOI: 10.1051/radiopro/2012034 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Cette décision est assortie d’un certain nombre de mesures dont le port d’une dosimétrie opérationnelle avant toute intervention dans la salle des émetteurs.

  8. Les techniques de dosimétrie passive · Biau A · Radioprotection · 2011 · DOI: 10.1051/radiopro/2011124 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    C’est l’intérêt de la dosimétrie photographique, mais à cette occasion on peut parfois mettre en évidence certaines circonstances d’exposition non conforme qui peuvent être source d’erreurs

  9. Occupational radiation exposure assessment during the management of [68Ga]Ga-DOTA-TOC · Riveira-Martin M, Struelens L, Schoonjans W, Sánchez-Díaz I et al. · EJNMMI Physics · 2022 · DOI: 10.1186/s40658-022-00505-8 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    It has been concluded that the non-dominant hands are more exposed to radiation than the dominant hands.

  10. Évaluation des risques en radioprotection : aller au-delà de la réponse du modèle linéaire sans seuil / Risk evaluation in radiological protection: going beyond the linear no-threshold model response · Bourguignon M · Radioprotection · 2022 · DOI: 10.1051/radiopro/2022025 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Le modèle LNT implique qu’il n’existe pas de seuil d’induction du risque de cancer après irradiation, autrement dit, même de très faibles doses de RI présentent un risque.

  11. The Evidence for Excess Risk of Cancer and Non-Cancer Disease at Low Doses and Dose Rates · Simon S, Kendall G, Bouffler S, Little M · Radiation Research · 2022 · DOI: 10.1667/rade-22-00132.1 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    The presented data suggest that exposure to low-dose radiation causes excess cancer risks and quite possibly also excess risks of various non-cancer endpoints.

  12. Central nervous system tumours and occupational ionising radiation exposure: a nested case–control study among the ORICAMs cohort of healthcare workers in France · Lopes J, Baudin C, Rousseau F, Roy H et al. · BMJ Open · 2024 · DOI: 10.1136/bmjopen-2024-084285 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    However, increased risk of cancer and non-cancer mortality associated with low-dose exposure among nuclear workers has been reported.

  13. Non-cancer disease prevalence and association with occupational radiation exposure among Korean radiation workers · Park S, Lee D, Jin Y, Cha E et al. · Scientific Reports · 2021 · DOI: 10.1038/s41598-021-01875-2 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Radiation doses were associated with elevated prevalences of most diseases; however, associations were attenuated and not significant after adjusting for confounders

  14. Updated Mortality Analysis of SELTINE, the French Cohort of Nuclear Workers, 1968–2014 · Laurent O, Samson E, Caër-Lorho S, Fournier L et al. · Cancers · 2022 · DOI: 10.3390/cancers15010079 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Death from solid cancers was positively but non-significantly associated with radiation.

  15. Review of extremity dosimetry in nuclear medicine · Kollaard R, Zorz A, Dabin J, Covens P et al. · Journal of Radiological Protection · 2021 · DOI: 10.1088/1361-6498/ac31a2 · thème: gammagraphie cnd nucleaire industriel

    Both studies reported a non-negligible contamination incidence in different centres (table 3) and found that a vast majority of the workers (> 75%) were not aware of the contamination.