RI RADARIUM
Monographie RADARIUM

Médecine nucléaire : sources non scellées et contamination

Socle scientifique, parcours pédagogiques et couche multi-acteurs pour médecins du travail en formation jusqu'au niveau expert.

Tous les éléments réglementaires récents doivent être revérifiés à la date d'usage. La version actuelle est datée du 20 juin 2026 et tient compte de l'ASNR, de SISERI et des évolutions récentes du Code du travail.
Scène stylisée de médecine nucléaire avec source non scellée, mains, patient, déchets et surveillance interne.
La médecine nucléaire ajoute une logique de contamination : radiopharmaceutique, seringues, mains, patient, urines et déchets doivent être pensés comme un flux.
VIII · Postes de travail et secteurs exposésChapitre 8.2

Chapitre 8.2

Médecine nucléaire : sources non scellées et contamination

La médecine nucléaire se distingue des autres domaines d'utilisation des rayonnements ionisants par l'usage de sources non scellées, c'est-à-dire de radionucléides sous forme liquide, gazeuse ou pulvérulente, non encapsulées, susceptibles de se disperser dans l'environnement de travail. Cette particularité impose une autorisation préalable assortie d'un dossier d'évaluation de l'impact contenant les mesures de protection des travailleurs [1]. Les personnels de médecine nucléaire sont exposés à un triple risque : irradiation externe à distance (liée aux flacons de radiopharmaceutiques, aux patients injectés et aux déchets), contamination externe cutanée (dépôts sur la peau, les vêtements ou les surfaces) et contamination interne (incorporation par inhalation, ingestion ou passage percutané) [3]. Cette triple composante conditionne l'ensemble de la démarche de prévention et de surveillance, qui doit intégrer simultanément la dosimétrie externe classique et la surveillance de la contamination interne, contrairement aux services de radiologie conventionnelle où seul le risque d'irradiation externe prédomine.

Le risque de contamination externe incidentelle fait l'objet de dépistages systématiques pluriquotidiens au moyen de contaminamètres (compteurs mains/pieds) placés aux sorties des zones contrôlées [7]. Ces contrôles permettent de détecter précocement tout dépôt cutané et de déclencher les procédures de décontamination. La contamination interne, quant à elle, constitue une urgence thérapeutique : les traitements d'urgence (comme l'administration d'iode stable pour bloquer la thyroïde face à un risque d'incorporation d'iode radioactif) perdent leur efficacité après la fixation des substances dans les organes cibles, avec une fenêtre d'efficacité maximale inférieure à 30 minutes [9]. Des précautions spécifiques doivent être prises pour minimiser la dispersion de la contamination à partir des liquides biologiques (urine, salive, sueur) des patients traités vers le personnel hospitalier, les autres patients et les visiteurs [8]. La radiopharmacie, lieu de préparation et de contrôle des radiopharmaceutiques, constitue un poste particulièrement exposé où le risque de contamination interne par manipulation de radionucléides volatils (notamment l'iode-131 sous forme de gélules ou de solutions) doit être maîtrisé par des dispositifs de confinement (hot cells, sorbonnes ventilées) et des procédures strictes.

La surveillance dosimétrique en médecine nucléaire combine plusieurs approches complémentaires. Pour la dosimétrie externe, la surveillance individuelle de routine repose sur la dosimétrie passive (corps entier et, le cas échéant, extrémités pour les manipulateurs en radiopharmacie). La dosimétrie du cristallin prend une importance croissante : des études récentes montrent une forte corrélation entre les mesures au dosimètre oculaire et l'exposition radiologique des patients, suggérant que les valeurs d'exposition des patients peuvent aider à estimer l'exposition du cristallin du personnel médical [13, 14]. Le dosimètre DOSIRIS, développé par l'IRSN, peut être porté sous les lunettes de protection et mesure la dose équivalente à une profondeur de 3 mm [22]. Pour la surveillance interne, des programmes de surveillance sont mis en place par des mesures radiotoxicologiques périodiques (analyses d'urine, de selles, de sang) afin de vérifier le respect des limites et contraintes de dose lorsqu'un risque de contamination interne existe [2, 15]. L'anthropogammamétrie, qui mesure in vivo l'activité retenue dans l'organisme, peut être utilisée en complément, notamment à l'aide de détecteurs scintillants NaI(Tl) collimatés montés sur trépied [10, 18]. Ces examens permettent de reconstituer la dose interne reçue par le travailleur exposé.

La prévention en médecine nucléaire repose sur une approche multidimensionnelle intégrant la conception des locaux (zonage, ventilation, confinement), les procédures de manipulation (blouses, gants, écrans plombés), la gestion des déchets et effluents radioactifs (collecte sélective, décroissance radioactive, évacuation réglementée), et la gestion des patients radioactifs. Les patients traités par radiopharmaceutiques thérapeutiques (notamment iode-131) deviennent eux-mêmes une source radioactive nécessitant des protocoles de sécurité pour les accompagnants et le public [17]. Le contrôle de la dose délivrée au patient constitue par ailleurs un levier indirect de protection du personnel : le rayonnement diffusé par le patient étant la principale source d'exposition de l'opérateur et de l'équipe, la maîtrise de la dose patient réduit le diffusé et limite la dose opérateur [12]. Les capacités et compétences développées pour la réponse aux situations d'urgence radiologique doivent être maintenues par une allocation adéquate de ressources, l'utilisation régulière des compétences techniques lors d'exercices non urgents, la formation et l'amélioration continue [20]. Des recommandations fondées sur les preuves pour la prise en charge médicale et le suivi des contaminations internes restent toutefois nécessaires à l'échelle internationale [19].

Pour le médecin du travail, la surveillance médicale des travailleurs de médecine nucléaire doit intégrer la spécificité du risque de contamination interne. L'examen clinique périodique recherche des signes d'exposition, mais c'est surtout le suivi dosimétrique (externe et interne) qui permet d'objectiver les expositions. Les travailleurs peuvent être victimes d'inégalités dans l'exposition au risque, les mesures de protection et la surveillance de la dosimétrie, selon le degré de « nucléarité » de leur activité [6]. Si l'exposition professionnelle dans le domaine médical se situe dans la gamme des faibles doses (0–100 mGy), elle varie selon la spécialité médicale et le praticien ; l'incertitude persiste quant à l'augmentation du risque de cancer ou de maladies non cancéreuses liée à une exposition prolongée aux faibles doses [21]. Le médecin du travail doit veiller à la traçabilité des doses cumulées, à la cohérence entre les résultats de la surveillance interne et les conditions de travail déclarées, et à la formation continue du personnel aux gestes de prévention. En cas de contamination interne avérée, la prise en charge doit être rapide et coordonnée avec les services spécialisés de radioprotection, dans le respect des fenêtres thérapeutiques critiques [9].

À retenir

  • Les personnels de médecine nucléaire sont soumis à un triple risque : irradiation externe à distance, contamination externe et contamination interne — ce dernier étant spécifique des sources non scellées.
  • La surveillance associe dosimétrie externe (corps entier, extrémités, cristallin) et surveillance interne par mesures radiotoxicologiques périodiques et anthropogammamétrie.
  • La contamination interne est une urgence thérapeutique : l'efficacité des traitements est maximale avant 30 minutes, d'où l'importance des dépistages pluriquotidiens (mains/pieds) et de la réactivité.
  • Les patients traités par radiopharmaceutiques deviennent des sources radioactives : des protocoles de sécurité encadrent la protection des accompagnants, du public et du personnel.

En pratique

  • Vérifier lors de la visite médicale la traçabilité et la cohérence des dosimétries externe et interne ; s'assurer que les mesures radiotoxicologiques périodiques sont réalisées selon la périodicité prévue et adaptées aux radionucléides manipulés (iodo-131, technétium-99m, fluor-18, etc.).
  • En cas de contamination interne suspectée ou avérée, déclencher immédiatement la procédure d'urgence : la fenêtre thérapeutique optimale est inférieure à 30 minutes ; coordonner la prise en charge avec le personne compétent en radioprotection (PCR) et les services spécialisés.
  • Lors des visites de poste, contrôler l'effectivité des dépistages mains/pieds pluriquotidiens, la disponibilité des équipements de protection individuelle (gants, blouses, lunettes plombées avec dosimètre DOSIRIS) et la conformité de la gestion des déchets et effluents radioactifs.
  • Intégrer la dosimétrie du cristallin dans le suivi des travailleurs les plus exposés (radiopharmacie, injection de radiopharmaceutiques thérapeutiques), en s'appuyant sur la corrélation démontrée entre exposition des patients et exposition oculaire du personnel.

Références utilisées dans ce sous-chapitre

Ces entrées résolvent les marqueurs numériques du texte. Elles doivent être vérifiées avant citation académique ou décision engageante.

  1. L’organisation générale de la radioprotection au Sénégal · Casanova P, Ndiaye M, Ndao A, Sow M · Radioprotection · 2015 · DOI: 10.1051/radiopro/2015018 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    L’autorisation est obligatoire pour les sources d’irradiations industrielles, la radiothérapie, le radiodiagnostic, la médecine nucléaire, la production et le stockage de radionucléides, et les centre

  2. Évaluation de l’exposition interne aux rayonnements ionisants du personnel du service de médecine nucléaire du Val-de-Grâce · Wassilieff S, Cazoulat A, Bohand S, Merat F et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2012 · DOI: 10.1016/j.admp.2012.09.008 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Ces personnels sont soumis aux trois risques d’exposition précités : externe à distance, contamination externe et contamination interne.

  3. Radiation exposure levels in close proximity to therapeutic patients treated for thyroid carcinoma with high dose I-131 · Begum F, Nahar N, Quadir K, Haque J et al. · Bangladesh Journal of Nuclear Medicine · 2015 · DOI: 10.3329/bjnm.v17i1.22491 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Radiation precautions were taken to minimize the spread of contamination from urine, saliva and perspiration to hospital personnel, patients and visitors.

  4. Terrorisme et médecin de premier recours : risques nucléaire et radiologique · Reigner D, Carron P, Yersin P, Egger D · Revue Médicale Suisse · 2008 · DOI: 10.53738/revmed.2008.4.148.0669 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    La contamination interne est une urgence thérapeutique. Les traitements ne sont plus ou peu efficaces après la fixation des substances dans les organes (efficacité maximale avant 30 minutes)

  5. Thèses remarquées · Radioprotection · 2010 · DOI: 10.1051/radiopro/201045400 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Afin de vérifier le respect des limites et contraintes de dose lorsqu’un risque de contamination interne existe, des programmes de surveillance sont mis en place par des mesures radiotoxicologiques pé

  6. Développement d’une méthodologie d’évaluation qualitative du risque biologique : premiers résultats · Burzoni S, Mater G, Duquenne P, Ferrari L · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2018 · DOI: 10.1016/j.admp.2018.03.458 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Cette méthode a ensuite été utilisée dans un cas réel de contamination interne chez un travailleur, en parallèle des examens radiotoxicologiques des selles.

  7. Occupational radiation exposure to the lens of the eyes and its protection during endoscopic retrograde cholangiopancreatography · Ikezawa K, Hayashi S, Takenaka M, Yakushijin T et al. · Scientific Reports · 2023 · DOI: 10.1038/s41598-023-34740-5 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    A strong correlation was shown between eye dosimeter measurements and patients' radiation exposure.

  8. Gestion et communication de l’information en surveillance biologique: Une approche éthique et interdisciplinaire · Pralong L, Berthet A, Vernez D, Hopf N et al. · Revue Médicale Suisse · 2015 · DOI: 10.53738/revmed.2015.11.499.2400 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Cette surveillance permet de mesurer la dose interne des individus exposés à certains contaminants, à travers des analyses de sang, d’urine, de cheveux, etc.

  9. A portable detection system for in vivo monitoring of 131 I in routine and emergency situations · Lucena E, Dantas A, Dantas B · Journal of Physics: Conference Series · 2018 · DOI: 10.1088/1742-6596/975/1/012058 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    This work presents a methodology developed for in vivo monitoring of internal contamination using a NaI(Tl)3"x3" scintillation detector system installed in a lead collimator and assembled on a tripod.

  10. Dosimetry of Occupational Eye Lens Dose Using a Novel Direct Eye Dosimeter, DOSIRIS, during Interventional Radiology Procedures · Hirakawa M, Nakatake H, Tsuruta S, Matsuura S et al. · Interventional Radiology · 2022 · DOI: 10.22575/interventionalradiology.2022-0005 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    DOSIRIS was developed as a dosimeter by the French Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. It can be worn under protective glasses and measure the dose equivalent at a depth of 3 mm.

  11. Occupational Radiation Protection in Interventional Radiology: A Joint Guideline of the Cardiovascular and Interventional Radiology Society of Europe and the Society of Interventional Radiology · Miller D, Vañó E, Bartal G, Balter S et al. · CardioVascular and Interventional Radiology · 2010 · DOI: 10.1007/s00270-009-9756-7 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    The greatest source of radiation exposure to the operator and staff is scatter from the patient. Generally, controlling patient dose also reduces scatter and limits operator dose.

  12. Feasibility of 177 Lu-PSMA Administration as Outpatient Procedure for Prostate Cancer · Zagni F, Vetrone L, Farolfi A, Vadalà M et al. · Journal of Nuclear Medicine · 2024 · DOI: 10.2967/jnumed.124.268062 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Patients undergoing radiopharmaceutical therapy (RPT) become a radioactive source, requiring safety protocols for caregivers and the public.

  13. Public health response and medical management of internal contamination in past radiological or nuclear incidents: A narrative review · Li C, Alves dos Reis A, Ansari A, Bertelli L et al. · Environment International · 2022 · DOI: 10.1016/j.envint.2022.107222 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    evidence-based guidelines for medical management and follow-up of internal contamination are urgently needed; 5) mechanisms for international and regional access to medical countermeasures

  14. Le droit au suivi post-professionnel et sa non-mise en œuvre · Munoz J, Ghis Malfilatre M, Durand-Moreau Q, Thébaud-Mony A · Travail et emploi · 2022 · DOI: 10.4000/11zk3 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    Ces variations ont des conséquences profondes sur la vie et la santé des travailleurs, ici victimes d’une triple inégalité : dans l’exposition au risque, les mesures de protection et la surveillance d

  15. Central nervous system tumours and occupational ionising radiation exposure: a nested case–control study among the ORICAMs cohort of healthcare workers in France · Lopes J, Baudin C, Rousseau F, Roy H et al. · BMJ Open · 2024 · DOI: 10.1136/bmjopen-2024-084285 · thème: medecine nucleaire exposition personnel

    While occupational exposure in the medical field figures in the low-dose range (0–100 mGy), it varies from practitioner to practitioner, according to medical specialty. Although health risks associate