Chapitre 8.3
Radiothérapie et curiethérapie
Le personnel de radiothérapie et de curiethérapie appartient au groupe le plus large de travailleurs exposés aux rayonnements ionisants à des fins médicales [19]. L'exposition professionnelle dans ce secteur est globalement faible mais strictement encadrée par des valeurs limites réglementaires dépendant de l'activité [12]. En radiothérapie externe, les accélérateurs de particules produisent des faisceaux de haute énergie (photons et électrons) dont l'irradiation est confinée par des murs blindés et des interlocks de sécurité. Toutefois, la pratique radiologique introduit des sources ou des voies d'exposition qui élargissent le périmètre d'exposition du travailleur [13]. Le risque de cancer, principale préoccupation épidémiologique, augmente directement avec la dose absorbée [7], et l'association entre développement de cancer et exposition répétée aux rayonnements chez le personnel médical est documentée [1]. Le risque radiologique est par ailleurs fortement dépendant de l'âge à l'exposition, justifiant des mesures de protection spécifiques pour les personnes vulnérables, notamment les femmes enceintes [9].
La curiethérapie repose sur l'utilisation de sources scellées (iridium-192, césium-137, etc.) introduites au contact ou à l'intérieur de la tumeur. La manipulation de ces sources, leur chargement en projecteur de sources ou leur implantation manuelle, requiert une radioprotection stricte. La mise en place de protections physiques, telles que des plaques de plomb, est impérative pour limiter l'exposition du personnel à des niveaux acceptables [4]. Les opérations de maintenance et de manipulation des sources peuvent générer une exposition parasite, dont les niveaux restent faibles mais peuvent atteindre des valeurs notables à l'année [2]. Les travailleurs exposés aux sources de rayonnements médicaux doivent respecter scrupuleusement les exigences réglementaires de radioprotection établies dans les normes internationales de sûreté [8]. La sécurité repose sur des systèmes verrouillés (interlocks) et une organisation du travail rigoureuse, les recommandations professionnelles portant le plus souvent sur l'organisation du travail à aborder avec le milieu professionnel [11].
Le contrôle de l'exposition du personnel hospitalier est effectué à l'aide d'un dosimètre porté pendant l'utilisation des systèmes et dont le résultat est analysé mensuellement [3]. En France, le suivi dosimétrique s'appuie sur des registres nationaux, chaque travailleur exposé disposant d'un enregistrement dosimétrique [20]. Si les données épidémiologiques suggèrent qu'une exposition professionnelle cumulée à de faibles doses (jusqu'à 100 mSv) ne semble pas augmenter le risque de cancer [5], le principe de précaution et d'optimisation (ALARA) reste la règle. Le fardeau administratif lié au respect de ces exigences peut toutefois être associé à une hausse du nombre d'erreurs médicales et à une détresse émotionnelle chez les professionnels de la santé, menaçant indirectement la sécurité des patients et des opérateurs [6]. Une approche organisationnelle stratégique intégrant la santé mentale et la sécurité dans les politiques existantes est recommandée pour pallier ces difficultés [21].
Pour le médecin du travail, la surveillance du personnel de radiothérapie et de curiethérapie s'inscrit dans un cadre réglementaire précis, où la loi oblige l'entreprise à protéger la santé de son personnel [22]. La délivrance de certificats d'aptitude avec restrictions est un outil clé pour prévenir l'affectation de personnes vulnérables dans des zones à risque [15]. L'information systématique de tous les travailleurs sur la possibilité de bénéficier d'une visite de fin de carrière ou de fin d'exposition est une obligation à respecter [17]. L'évaluation des connaissances en radioprotection du personnel, parfois mesurée par des études transversales par questionnaire [14], doit être intégrée à la démarche de prévention. Enfin, bien que le nombre de demandes de prise en charge post-exposition soit faible au regard des personnes exposées [18], le médecin du travail doit veiller au suivi dosimétrique régulier et à la traçabilité des expositions accidentelles.
À retenir
- Le personnel de radiothérapie/curiethérapie fait partie du groupe le plus large de travailleurs exposés aux RI ; l'exposition est faible mais encadrée par des limites réglementaires strictes.
- Le risque de cancer augmente avec la dose absorbée et dépend de l'âge à l'exposition, justifiant une vigilance accrue pour les travailleurs vulnérables.
- La sécurité repose sur des protections physiques (plomb), des interlocks et une organisation du travail rigoureuse, conformément aux normes internationales de sûreté.
- Le suivi dosimétrique mensuel et l'enregistrement national sont obligatoires ; le fardeau administratif associé peut impacter la santé mentale et la sécurité des opérateurs.
En pratique
- Vérifier le port et l'analyse mensuelle des dosimètres, ainsi que la traçabilité dans le registre national (SISERI) pour chaque travailleur exposé.
- Délivrer des certificats d'aptitude avec restrictions pour prévenir l'affectation de personnes vulnérables (grossesse, pathologies spécifiques) en zone contrôlée.
- Informer systématiquement les travailleurs de leur droit à une visite de fin de carrière/fin d'exposition et en assurer la traçabilité.
- Intégrer l'évaluation des connaissances en radioprotection et l'organisation du travail dans les visites médicales, en veillant à limiter le fardeau administratif source de détresse.