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Cataracte radio-induite : abaissement du seuil cristallin et surveillance

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Tous les éléments réglementaires récents doivent être revérifiés à la date d'usage. La version actuelle est datée du 20 juin 2026 et tient compte de l'ASNR, de SISERI et des évolutions récentes du Code du travail.
Schéma du cristallin au bloc interventionnel avec source de diffusé, lunettes, dosimétrie Hp(3) et distance.
Le cristallin impose une lecture spécifique : au bloc interventionnel, le rayonnement diffusé, la position de l'opérateur, les lunettes et Hp(3) comptent autant que la dose corps entier.
IV · Effets sanitairesChapitre 4.2

Chapitre 4.2

Cataracte radio-induite : abaissement du seuil cristallin et surveillance

La cataracte radio-induite est reconnue comme un effet déterministe à seuil de dose. Historiquement fixée à 150 mSv par an pour l'exposition professionnelle du cristallin [3, 4], la limite réglementaire a fait l'objet d'un abaissement majeur à la suite des recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) émises en 2011 lors de la réunion de Séoul. La CIPR a en effet recommandé de réduire cette limite d'exposition professionnelle à 20 mSv par an, en moyenne sur des périodes définies de 5 ans, sans qu'aucune année isolée ne dépasse 50 mSv [17, 18, 19, 22]. En France, cet abaissement de la limite de 150 à 20 mSv/an est entré en vigueur le 1er janvier 2018, imposant une révision des pratiques et des méthodes de travail [2]. Cette évolution réglementaire et épidémiologique souligne les risques associés à l'exposition aux rayonnements ionisants, parmi lesquels la formation de cataractes est une préoccupation centrale [20].

Les postes de travail les plus à risque de dépassement de ces nouvelles limites se rencontrent principalement en radiologie interventionnelle et en chirurgie radioguidée. Les doses de rayonnements reçues par les cristallins des médecins lors de ces procédures peuvent excéder les limites réglementaires si les équipements de radioprotection et les conditions d'imagerie ne sont pas rigoureusement contrôlés [8]. À titre d'exemple, des études dosimétriques ont montré que la dose équivalente au cristallin (Hc) pour un chirurgien pouvait atteindre une moyenne de 97,6 mSv par an, un niveau bien supérieur à la limite fixée à 20 mSv/an [6]. La surveillance de l'exposition externe s'effectue classiquement à l'aide de dosimètres poitrine « corps entier » [16], mais cette approche est insuffisante pour estimer la dose réelle au cristallin. Il est donc nécessaire de recourir à une dosimétrie spécifique, mesurant l'équivalent de dose à 3 mm de profondeur, noté Hp(3). Cette mesure peut être réalisée à l'aide d'un petit dosimètre radio-photoluminescent monté sur des lunettes [12] ou par des dosimètres thermoluminescents placés au niveau du front, une zone souvent non protégée [13].

Face à ce risque, l'employeur est tenu par une obligation légale d'exercer une surveillance de l'exposition des travailleurs aux rayonnements ionisants, incluant une surveillance dosimétrique stricte [9, 15]. Les travailleurs exposés doivent bénéficier d'une surveillance médicale particulièrement vigilante en service de santé au travail, assortie d'un suivi dosimétrique individuel [11]. La classification des travailleurs est un élément clé de cette prévention : les travailleurs susceptibles de recevoir une dose équivalente au cristallin supérieure à 15 mSv par an doivent être classés en catégorie A, ce qui les soumet à une surveillance individuelle et médicale renforcée [5]. La prévention de la cataracte radio-induite repose de manière déterminante sur le port d'équipements de protection individuelle. Les lunettes plombées constituent la meilleure prévention ; des études confirment que leur port permet de réduire drastiquement la dose à l'œil (par exemple à 0,96 mSv à l'œil gauche) et sont donc vivement conseillées [1].

Sur le plan médical, il est de la responsabilité du médecin du travail d'établir la stratégie de mise en œuvre de la surveillance des expositions professionnelles [7]. Bien que la surveillance biologique des expositions professionnelles (SBEP) soit particulièrement pertinente pour mesurer la dose interne des individus exposés à certains contaminants [10, 14], la gestion du risque de cataracte relève d'une approche externe et clinique. Le médecin du travail doit s'assurer de la mise en place d'une surveillance ophtalmologique adaptée pour les travailleurs de catégorie A exposés aux rayonnements ionisants. Cette surveillance, idéalement basée sur un examen à la lampe à fente, vise à dépister précocement l'apparition d'opacités sous-capsulaires postérieures, lésions typiques de la cataracte radio-induite. Le rôle du médecin du travail est également d'accompagner la mise en place des protections en interventionnel, en conseillant le port effectif des lunettes plombées et en vérifiant l'adéquation du port des dosimètres de proximité (Hp(3)) pour évaluer au plus juste l'exposition réelle du cristallin.

À retenir

  • La cataracte radio-induite est un effet déterministe dont le seuil cristallin a été abaissé ; la limite d'exposition professionnelle est désormais de 20 mSv/an (moyenne sur 5 ans, sans dépasser 50 mSv une année donnée).
  • Les postes interventionnels (radiologie, chirurgie) présentent un risque élevé de dépassement de cette limite sans protections adéquates, justifiant une dosimétrie spécifique Hp(3).
  • Le port de lunettes plombées est la mesure de prévention individuelle la plus efficace pour réduire la dose au cristallin.
  • Les travailleurs susceptibles de recevoir plus de 15 mSv/an au cristallin doivent être classés en catégorie A, impliquant un suivi dosimétrique et médical renforcé.

En pratique

  • Classer en catégorie A les travailleurs exposés susceptibles de recevoir une dose équivalente au cristallin supérieure à 15 mSv/an pour garantir un suivi renforcé.
  • Prescrire et vérifier le port d'un dosimètre spécifique au cristallin (mesurant Hp(3), par exemple monté sur lunettes ou au front) pour les personnels interventionnels.
  • Conseiller fermement et vérifier l'utilisation de lunettes plombées adaptées lors de toutes les procédures radioguidées.
  • Mettre en place une surveillance ophtalmologique ciblée (examen à la lampe à fente) pour les travailleurs les plus exposés afin de dépister précocement des opacités cristalliniennes.

Références utilisées dans ce sous-chapitre

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  1. Radioprotection du personnel médico-soignant lors de chirurgie du rachis. Un exemple de moyen fiable et reproductible · Feltrin M, Sandoz-Otheneret O, Racloz G · Revue Médicale Suisse · 2022 · DOI: 10.53738/revmed.2022.18.783.1072 · thème: cristallin cataracte limite dose

    L’abaissement de cette limite de 150 à 20 mSv/an depuis le 1er janvier 2018 nous a obligés à réexaminer nos méthodes de travail

  2. Réglementation et dosimétrie individuelle · Biau A · Radioprotection · 2011 · DOI: 10.1051/radiopro/2011126 · thème: cristallin cataracte limite dose

    • corps entier en profondeur : 50 mSv ; • peau, mains : 500 mSv ; • cristallin : 150 mSv ;

  3. Report of IRPA task group on issues and actions taken in response to the change in eye lens dose limit · Cantone M, Ginjaume M, Martin C, Hamada N et al. · Journal of Radiological Protection · 2020 · DOI: 10.1088/1361-6498/abb5ec · thème: cristallin cataracte limite dose

    ICRP recommended that the equivalent dose limit for the lens of the eye, for occupational exposure, be reduced from 150 mSv in a year to 20 mSv per year, averaged over defined periods of 5 yr

  4. Radiation Protection of the Eye Lens in Fluoroscopy-guided Interventional Procedures · Akahane M, Yoshioka N, Kiryu S · Interventional Radiology · 2022 · DOI: 10.22575/interventionalradiology.2022-0006 · thème: cristallin cataracte limite dose

    the equivalent dose limit for the lens from occupational exposure should be lowered to 20 mSv/year on average over defined periods of 5 years with the dose in no single year exceeding 50 mSv

  5. Dosimetry of Occupational Eye Lens Dose Using a Novel Direct Eye Dosimeter, DOSIRIS, during Interventional Radiology Procedures · Hirakawa M, Nakatake H, Tsuruta S, Matsuura S et al. · Interventional Radiology · 2022 · DOI: 10.22575/interventionalradiology.2022-0005 · thème: cristallin cataracte limite dose

    the equivalent dose limit for the eye lens should be “20 mSv in a year, averaged over defined periods of 5 years, with no single year exceeding 50 mSv”

  6. Radiation protection: safety measures and knowledge among interventional radiologists- a UK-based analysis of current practices and recommendations for improvement · Gasiea R, Rogers A, Lakshminarayan R, Hamady M et al. · CVIR Endovascular · 2025 · DOI: 10.1186/s42155-025-00540-3 · thème: cristallin cataracte limite dose

    the eye lens dose limit was reduced from 150 to 20 mSv per year, highlighting the risks associated with radiation exposure, such as the formation of cataracts

  7. A multicenter study of radiation doses to the eye lenses of clinical physicians performing radiology procedures in Japan · Nagamoto K, Moritake T, Nakagami K, Morota K et al. · Journal of Occupational Health · 2021 · DOI: 10.1002/1348-9585.12305 · thème: cristallin cataracte limite dose

    The radiation doses received by the eye lenses of physicians engaged in radiology procedure may exceed the dose limits to the lens of the eye if radio-protective equipment and imaging conditions are n

  8. La radioprotection pour un cas exceptionnel de radiothérapie peropératoire dans un site non radioprotégé · Marcié S, Doyen J, Tapia M, Thyss A et al. · Radioprotection · 2014 · DOI: 10.1051/radiopro/2013099 · thème: radiologie interventionnelle exposition

    les doses étaient inférieures au seuil de détection ainsi que pour les dosimètres thermoluminescents, excepté ceux au niveau du front du radiothérapeute (30 µSv), zone non protégée.

  9. Évaluation de l’exposition interne aux rayonnements ionisants du personnel du service de médecine nucléaire du Val-de-Grâce · Wassilieff S, Cazoulat A, Bohand S, Merat F et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2012 · DOI: 10.1016/j.admp.2012.09.008 · thème: radiologie interventionnelle exposition

    La surveillance de l’exposition externe s’effectue principalement à l’aide de dosimètres poitrine « corps entier », passifs et opérationnels

  10. Chirurgie endovasculaire : évaluation de l’exposition radiologique et proposition d’axes d’amélioration · Pégorié A, Amabile J, Dondey M, Boddaert G et al. · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2018 · DOI: 10.1016/j.admp.2017.09.004 · thème: radiologie interventionnelle exposition

    Les résultats de notre étude (0,96 mSv à l’œil gauche) viennent confirmer ce constat et leur port est donc vivement conseillé pour assurer une meilleure prévention de la cataracte radio-induite.

  11. Summary of the European Directive 2013/59/Euratom: essentials for health professionals in radiology · Insights into Imaging · 2015 · DOI: 10.1007/s13244-015-0410-4 · thème: radiologie interventionnelle exposition

    Workers are required to be classified as ‘category A’ (i.e., subject to individual monitoring and medical surveillance) if (a) an effective dose greater than 6 mSv per year or (b) an equivalent dose g

  12. Exposition aux rayonnements ionisants et cancer professionnel · Lghabi M, Allouiche W, Benali B, El Kholti A · Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement · 2018 · DOI: 10.1016/j.admp.2018.03.443 · thème: radiologie interventionnelle exposition

    Les travailleurs exposés au RI doivent bénéficier d’une surveillance médicale particulièrement vigilante au service de santé au travail avec un suivi dosimétrique individuel

  13. Recommandations de bonne pratique pour la surveillance biologique de l’exposition professionnelle aux agents chimiques (SBEP) : recommandations de la Société française de médecine du travail, associée à la Société française de toxicologie analytique et à la Société de toxicologie clinique · Nisse C, Barbeau D, Brunet D, El Yamani M et al. · Toxicologie Analytique et Clinique · 2017 · DOI: 10.1016/j.toxac.2017.05.001 · thème: cristallin cataracte limite dose

    Il est de la responsabilité du médecin du travail d'établir la stratégie de mise en œuvre de la surveillance biologique des expositions professionnelles (SBEP).

  14. Gestion et communication de l’information en surveillance biologique: Une approche éthique et interdisciplinaire · Pralong L, Berthet A, Vernez D, Hopf N et al. · Revue Médicale Suisse · 2015 · DOI: 10.53738/revmed.2015.11.499.2400 · thème: cristallin cataracte limite dose

    Cette surveillance permet de mesurer la dose interne des individus exposés à certains contaminants, à travers des analyses de sang, d’urine, de cheveux, etc.